Elles sont encore peu nombreuses mais leur spécialité suscite de plus en plus de vocations. Les infirmières de recherche clinique ont un rôle clé à jouer pour faire progresser la science.

Actusoins, le magazine de toute l’actualité infirmière consacre un dossier spécial à cette profession, encore méconnue.

Gros plan sur une profession rigoureuse et polymorphe.

Sylvie Maillochaud est infirmière en recherche clinique à l’Unité de Recherche Clinique Pierre Deniker du CH Laborit

Extrait de son témoignage dans le magazine « Actusoins »

« Après des années à l’hôpital, je n’avais plus envie de faire des soins techniques », Sylvie Maillochaud, 50 ans, diplômée en 1991, a exercé de nombreuses années, notamment en réanimation pédiatrique, en néonatologie, au planning familial… mais elle a finalement pris le tournant de la recherche et mis en
place le poste d’infirmière de recherche clinique (IRC) du centre hospitalier Henri Laborit à Poitiers, en psychiatrie.
Pour ce faire, elle a suivi une formation spécifique (voir ci-dessous). Car s’il est clair que l’infirmière a un rôle clé à jouer en recherche clinique, elle doit nécessairement mettre à jour ses connaissances sur les questions bioéthiques, réglementaires, protocolaires, scientifiques… liées à la recherche…

Combattre les clichés associés à la recherche

« La recherche au sein de la psychiatrie n’a pas bonne presse, encore aujourd’hui, reconnait Sylvie Maillochaud, évoquant la fausse impression que les patients ont d’être encore considérés comme des cobayes. Il existe donc un gros travail de pédagogie à réaliser auprès des patients et de leur famille, mais également auprès du personnel médical et paramédical. Les patients peuvent ressentir de l’appréhension, à cause de scandales passés. En 2016, la mort à Rennes d’un homme lors d’un essai clinique de phase 1 a marqué les esprits »…

« Les protocoles peuvent durer plusieurs années. Il y a plus qu’une confiance qui se créée avec les patients. C’est de l’empathie ».

D’abord, en France, la recherche est très réglementée. Par ailleurs, des patients peuvent se montrer très enthousiastes lorsqu’un médecin leur propose de rentrer dans un protocole, notamment pour des maladies rares et la recherche de potentiels traitements novateurs… « Ainsi, certains perçoivent leurs études comme une véritable opportunité thérapeutique. C’est aussi le cas en psychiatrie où un patient est inclus » quand toutes les options de médecine de ville ont été épuisées, la plupart du temps. Il faut présenter l’étude de façon positive, être rassurant, transparent et identifier les bonnes personnes à inclure », indique Sylvie Maillochaud.
« En psychiatrie, détaille-t-elle, il s’agit de techniques innovantes comme la stimulation cérébrale trans-crânienne, dans le cas des addictions, des dépressions, des TOC… En revanche, nous réalisons assez peu de protocoles médicamenteux, car il y a peu de recherches, contrairement au cancer ». Grande cause nationale, au cœur de plusieurs plans successifs, le cancer utilise en effet 45% des sommes issues du secteur privé…

Plus de relationnel et de la rigueur

…Mais derrière les chiffres, le relationnel, est au cœur du travail des IRC. « Les gestes techniques restent très légers », souligne Sylvie Maillochaud. Prélèvements sanguins, tests urinaires, prises des constantes font, certes partie du quotidien, mais assurer le relationnel avec les patients arrive loin devant. Il y a également toute une partie administrative et réglementaire. « Nous menons des études sur le long cours, raconte-t-elle, les protocoles peuvent durer plusieurs années. Il y a plus qu’une confiance qui se créée avec les patients, c’est de l’empathie ». Pour les patients, être suivis dans la durée par la même infirmière est un gage rassurant: « ils me connaissent, je suis leur interlocutrice privilégiée ».

Une formation spécifique

A 45 ans, Sylvie Maillochaud a suivi un DIU FARC (Formation des Assistants de Recherche Clinique), ouvert aux détenteurs de bac +3. « J’avais quelques notions de psychiatrie, mais elles étaient légères. A mon arrivée au Centre Hospitalier Henri Laborit. J’ai du effectuer plusieurs périodes de stage dans un pavillon d’hospitalisation afin de me familiariser aux différentes pathologies psychiatriques mais également rencontrer les équipes avec lesquelles j’allais devoir collaborer »,explique-t-elle.
Ainsi, le temps d’une année universitaire, elle passe une semaine par mois à Paris avec, à la clé, une épreuve écrite et orale. « Le rythme était intense, avec beaucoup de cours. Ce n’était pas facile de s’y remettre car on n’a plus la même mémoire les mêmes automatismes », s’amuse t-elle. Mais c’était indispensable. « Aujourd’hui, je me sers de cette formation tous les jours », assure-t-elle.
Esprit réglementaire, notions de recherches sur les personnes humaines, lien avec le médicament, création de protocoles, autant de missions que Sylvie Maillochaud aurait été incapable de mener a bien sans ce socle de formation. Pourtant, l’expertise de ces infirmières n’est toujours pas valorisée. « ll n’existe pas de statut spécifique comme pour les IBODE. Notre DU n’est pas du tout valorisé ». Un constat partagé par Najet Belghali qui gagne 60 euros bruts de plus mensuellement depuis qu’elle est IRC…

Une expérience enrichissante

« Ce travail est très gratifiant », affirme Séverine Venel, IRC chez Euroxia depuis deux ans et demi.
Même satisfaction chez Sylvie Maillochaud : « J’ai tendance à me réjouir pour les patients qui vont mieux, mais les psychiatres me rappellent toujours a l’ordre; c’est du temporaire. La psychiatrie, ce n’est pas du somatique, on n’en guérit pas. ll ne faut pas oublier que les rechutes, ça existe » …

Actusoins n° 32 mars-avril-mai-2019 (abonnement)