Suite à un appel lancé mi-avril par l’EPSM de Ville-Evrard auprès des établissements psychiatriques de régions moins touchées par la pandémie Covid-19, le CH Laborit a été le premier à répondre et 3 infirmières se sont portées volontaires pour 15 jours.

« Tout est parti d’une communication lors de la Conférence Nationale des Présidents de CME de Psychiatrie, explique le Dr Sylvie Peron – Présidente de CME du CH Laborit, ensuite, c’est la solidarité et l’engagement des professionnels qui a porté ses fruits« .

Plusieurs propositions d’autres établissements psychiatriques du grand ouest ont suivies (Pau, Agen, Les Pyrénées…).

« Au-delà de faire notre travail, c’est aussi un acte citoyen » déclare Lucie tout naturellement.
« C’est une évidence de venir en aide aux collègues entre hôpitaux publics, explique Fabienne.

Le départ

Vendredi 10 avril – 12h.

Anne-Claire, Fabienne et Lucie sont accueillies par Christophe Verduzier, le Directeur, Sylvie Richard, la Directrice des ressources humaines, Jean-François Bretagnon, le Directeur des soins et le Dr Sylvie Peron, la Présidente de CME devant le pavillon administratif.

La presse locale est présente également.

A la question d’une journaliste : « avez-vous peur de ce qui vous attend« , la réponse est unanime pour les trois infirmières : « Non, nous avons hâte d’aller aider nos collègues parisiens« .

Après les encouragements et les remerciements de tous les présents, les infirmières récupèrent leur bagages et s’installent dans le taxi qui les conduit à l’aéroport de Poitiers-Biard où un avion affrété spécialement pour ces transports solidaires par l’ONG « Aviation sans frontière » les attend.

A son bord, deux pilotes bénévoles de l’ONG et un journaliste qui prépare un reportage sur « Aviation sans frontières » (diffusé en septembre).

L’arrivée

Vendredi 15h, arrivée au Bourget.

Le Dr Pommepuy, vice-président de la CME de l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard accueille chaleureusement les trois infirmières de Poitiers et présente la situation globale de l’établissement.

« Sur le trajet amenant à l’appartement, nous sommes surprises de découvrir le confinement « à la parisienne » : des groupes de personnes agglutinés sur des bancs, des camions de CRS et des policiers contrôlant les uns et les autres, et surtout un reflet de la précarité régnant en Seine Saint Denis et des difficultés de la population locale à mesurer l’ampleur de la situation » précisent-elles.

Le taxi les dépose dans leur logement gracieusement prêté à l’hôpital de Ville-Evrard par la propriétaire qui les accueille.

Le séjour

« Le lendemain, samedi – 11h, nous arrivons au Clos Bénard, l’hôpital d’Aubervilliers où nous sommes accueillies par Mr Faye et Mme Carret, cadres supérieurs de santé respectivement du pôle G02 et G06 », racontent les infirmières.

La sectorisation locale est présentée : 15 secteurs de psychiatrie adulte répartis sur 4 sites : Neuilly sur Marne, Bondy, St Denis, Aubervilliers.

Les trois professionnelles, parties de Poitiers avec un carton de surblouses et de masques, ont été affectées à l’unité d’entrants et « très bien accueillies » par les équipes du secteur G06 avec la Chef de pôle Dr Pécot.

Le G-06 a été redéfini en zone tampon c’est-à-dire que les patients entrants passent par cette unité pendant 5 jours avant de regagner leur secteur s’ils n’ont pas de symptômes COVID-19.
L’unité compte 18 lits répartis sur 2 étages, avec 2 chambres en semi-isolements (CSI).

Si les pathologies sont semblables d’un établissement à l’autre, les infirmières poitevines ont été marquées par la très grande précarité des patients de Seine-Saint-Denis et la consommation très importante de drogues dures.

« Au départ, c’était très difficile de décrire clairement l’organisation car l’équipe était composée essentiellement de personnel de renfort, pour certains arrivants comme nous ce jour et découvrant l’unité, précise Lucie.

Il y a beaucoup d’étudiants infirmiers, et nous saluons leur professionnalisme, leur implication et leur réactivité, rajoute Anne-Claire.

Notre première impression : « c’est la guerre » … Nous sommes sceptiques, ce n’est pas un jeu de mots. Clairement, l’organisation n’y est pas, tout le monde se débrouille comme il peut, c’est le système D », raconte Fabienne.

Les premiers jours vont leur permettre de mieux comprendre l’organisation et soutenir au mieux les soins et les collègues pendant la durée de notre séjour.

L’impression des premiers jours laisse place à l’action et les 3 infirmières apportent leur soutien sur l’établissement d’Aubervilliers où les conditions d’accueil sont compliquées.

« J’ai toujours aimé découvrir d’autres manières de travailler, de nouvelles pratiques professionnelles », déclare Fabienne.

« C’est un belle expérience, c’est vraiment formateur, complète Lucie, nous devrions généraliser ce type d’échange et de mise en commun de nos compétences, hors période de crise, car cela apporte vraiment un enrichissement mutuel ».

Le retour

Vendredi 24 avril – 12h.

L’avion qui les ramène à la maison est prêt à décoller. L’arrivée est prévue une heure plus tard à Poitiers et Fabienne, Anne-Claire et Lucie sont accueillies par Christophe Verduzier, Sylvie Richard, Jean-François Bretagnon, Corinne Bonnet-Tanneur – cadre supérieure de santé, Francis Rivière – cadre du pool institutionnel, Emmanuelle Dupeux – Cadre de santé, Virginie Bezagu – cadre hygiéniste, Florent Renaud – Cadre de santé.

Toute l’équipe de Direction leur réitère les remerciements et félicitations d’usage.

L’équipe des jardins avait préparé trois jolies compositions florales pour chacune des infirmières.

Nombreux sont ceux qui saluent cette coopération inter-hopitaux psychiatriques.

« Nous avons reçu de nombreux messages de soutien, ça fait chaud au cœur« , sourient les infirmières avec émotion.

Les messages de soutien et de remerciements pleuvent sur la toile comme celui du Président du département de la Seine Saint-Denis Stéphane Troussel « Je remercie les soignant(e)s volontaires de toute la France qui viennent prêter main forte aux équipes de l’hôpital de Ville Evrard dans la lutte contre l’épidémie » et du corps médical sur l’ensemble du territoire.

« S’il fallait y retourner, on irait« , concluent Anne-Claire et Lucie.

Lumière sur l’ONG Aviation sans frontières : les ailes de l’Humanitaire

L’organisation non gouvernementale Aviation sans frontières, créée en 1980, utilise le réseau aérien ainsi que sa propre flotte pour venir en aide aux plus démunis. Reconnue d’utilité publique, c’est la première organisation non gouvernementale titulaire d’un Certificat de Transporteur Aérien européen.

Aujourd’hui, elle met son réseau et ses moyens au service de la lutte contre la pandémie et permet le transport gratuit et en urgence de personnel de santé sur le territoire.

En savoir plus : https://www.asf-fr.org/