Organisée dans le cadre de la Fédération troubles de l’humeur et troubles bipolaires, la 3ème Journée Universitaire « Dépression – Bipolarité » s’est tenue le 23 mai à Poitiers.

L’Université de Poitiers et l’ARS Nouvelle-Aquitaine étaient à nouveau partenaires de l’édition 2019.

Accueilli cette année encore dans l’amphithéâtre de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Poitiers, par le doyen Pascal Roblot « ravi de cette nouvelle collaboration avec la psychiatrie », une centaine de professionnels étaient réunis pour suivre les interventions riches de la journée.

Christophe Verduzier, Directeur du CH Laborit a souligné la qualité du programme et le « volet international » que revêt ces journées grâce aux partenariats engagés par le Pr Jaafari.

Ce dernier, Chef du Pôle Hospitalo-Universitaire de Psychiatrie Adulte et d’Addictologie du CH Laborit à l’initiative de l’évènement, a entamé son discours d’ouverture en rappelant l’historique de ces journées universitaire et l’objectif de partage du « meilleur de la recherche clinique et fondamentale ».

« Ces journées et nos échanges doivent nous engager vers une meilleure prise en charge du patient et nous permettre d’avancer ensemble pour vaincre la maladie », insiste le Pr Jaafari, avant de présenter le programme du jour.

Programme

Séances plénières de 9h à 12h

« Naviguer dans les méandres des maladies bipolaires : des questions aux éléments de solution »
Pr Serge Beaulieu – Département de Psychiatrie – Université McGill, Québec

Le Pr Beaulieu travaille sur la sensibilité des patients bipolaires, hyper réactifs, avec l’objectif de trouver des moyens de contrôler ces émotions. Les patients qui bénéficient des techniques de pleine conscience « mindfullness » présentent une meilleure stabilité. « Malgré ses effets secondaires, le lithium est au top des choix de traitement pour les troubles de l’humeur », rappelle le spécialiste.
Le Pr Beaulieu rappelle ainsi l’importance de la prévention dès le plus jeune âge et l’intérêt d’un traitement le plus précoce possible. « La psychoéducation est primordiale, les patients génèrent par eux-mêmes et entre eux le matériel nécessaire pour comprendre leur maladie et mieux la prendre en charge. Ils prennent le contrôle sur leur maladie, d’ailleurs, je les appelle « Docteur untel », souligne t-il avec une pointe d’humour.
De nombreux protocoles de recherche sont en cours et les travaux menés en collaboration internationale sont précieux. L’intelligence artificielle va faire évoluer nos recherches et nos découvertes » conclut le Pr Beaulieu.

« Trahison amoureuse : Dépression ou trauma ? »
Pr Alain Brunet – Département de Psychiatrie – Université McGill, Québec

Devrait-on utiliser la thérapie de la reconsolidation dans le traitement de la dépression récurrente ?
« Le constat qui nous amène à poser cette question est le problème des effets secondaires des traitements antidépresseurs actuels et le phénomène de rechute possible, introduit le Pr Brunet.
Découvert il y a une vingtaine d’années, le Propranolol est un bêta-bloquant qui contient une molécule qui bloque la consolidation mnésique. Utilisé pour les patients souffrant de stress post-traumatique, il agit comme bloqueur de la reconsolidation en interférant avec l’appropriation du souvenir pour en atténuer le traumatisme.

Les symptômes émanent du souvenir alors si grâce au Propranolol, on atténue ce souvenir, les traumatismes du souvenir s’atténuent.

C’est une découverte qui a secoué le monde scientifique et médical. Après de nombreux travaux sur le rat, on a mis sur pied un protocole de réactivation lors d’un essai clinique randomisé en transférant cette étude de l’animal sur l’homme.

La vocation scientifique du Pr Brunet, découle de sa présence comme étudiant à l’université de Montréal en 1989 au moment de la pire tuerie de l’histoire du Québec. Il consacre alors sa carrière scientifique à trouver un traitement qui soigne les origines des troubles émotionnels et propose plus récemment, son soutien aux victimes des attentats du Bataclan et aux professionnels en charge de les soigner. Une des plus vaste étude est lancée « PARIS MEM » avec plus de 375 recrutements, 200 cliniciens formés et 20 hôpitaux engagés.

La thérapie de la reconsolidation permet de soigner rapidement (4 à 6 séances de 15 à 25 minutes), divers symptômes autour du stress post-traumatique sans effet secondaire et très peu de risques de rechute.

Alors devrait-on traiter les évènements de vie déclencheurs des maladies bipolaires, dépression, etc. ? La découverte de la reconsolidation ouvre des perspectives…

« Alcool et troubles thymiques »
Pr Philippe Nubukpo – CH Esquirol, Limoges

« Présentation de l’observatoire national ECT »
Dr Diane Lévy-Chavagnat – CH Henri Laborit, Poitiers

Interventions et échanges de 14h à 18h

Président de séance : Pr Nemat Jaafari – CH Laborit / Université de Poitiers
Modérateur : Dr Dominique Léger – CHNDS et Dr Y. El Fairouqi – CH Laborit, Poitiers

« Mindfulness et bipolarité »
Pr Pascal Delamillieure – CH Caen

« Stimulations cérébrales et troubles de l’humeur »
Pr Bruno Millet – Psychiatre – CH Pitié-Salpêtrière, Paris

« Nos pathologies régissent nos humeurs.
L’état dépressif est un déséquilibre entre les différents réseaux cérébraux impliqué dans l’humeur.
Il existe différents types de stimulation invasives et non invasives, qui posent chacune un certain nombre de questions.
Il existe deux techniques principales, la rTMS, très utilisée au CH Laborit et la stimulation cérébrale profonde, pour lesquelles nous devons continuer à sensibiliser nos autorités de tutelle ».

«Le rôle d’un appel téléphonique très précoce dans la prévention du suicide dans la bipolarité »
Monsieur Arnaud Jodier – CH Camille Claudel, Angoulême

« La prévention est un soin qui s’ignore »

Arnaud Jodier est psychologue au sein de l’Unité d’Accueil, d’Orientation et de Centre de crise de l’hôpital, au sein d’une équipe pluridisciplinaire.
Le trouble bipolaire selon la HAS, est l’une des pathologies les plus graves qui conduisent à un suicide.

« La surveillance doit être être accrue tant que la phase de bipolarité est active et c’est la raison pour laquelle la famille est de plus en plus intégrée au projet de soins de la personne suivie. Ainsi, des « sentinelles » sur le terrain peuvent alerter sur des risques suicidaires.
Notre unité propose un accueil téléphonique permanent, 1 fiche d’évaluation au risque suicidaire et un outil de recontacte téléphonique.
Déployée depuis 2018, cette organisation a reçu 82 patients dont 77 ont été admis au centre de crise ».

Président de séance : Pr Ludovic Gicquel – CH Laborit – Poitiers
Modérateur : Pr Jean Xavier – CH Laborit – Poitiers

« Clinique de la dysrégulation émotionnelle chez l’enfant »
Dr Xavier Benarous – CH La Pitié-Salpêtrière – Paris

« Présentation de l’association Argos de la Vienne »
Julie Jadeau et Nathalie Jacquemard – Représentantes de l’association ARGOS 2001

« Clinique Jean Delay : 2 ans d’expérience »
Dr Olivier Dubois, Dr Charline Perot, Marie-Léa Magnien – Cliniques de Saujon

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