« La conscience de soi dans tous ses états – Point de vue développemental »
Cette journée Recherche en pédopsychiatrie pilotée par le Pr Jean Xavier – PUPH au Centre hospitalier Laborit et à l’Université de Poitiers (CoCliCo, CeRCA (Centre de Recherche sur la Cognition et l’Apprentissage), CNRS, UMR 7295), est ouverte aux cliniciens, aux chercheurs et aux étudiants et porte cette année sur le thème de la conscience de soi.
Abordée en tant que processus développemental, la conscience de soi occupe une place centrale dans notre clinique.
Il ne s’agira pas ici d’en offrir une description exhaustive, mais plutôt de mettre en exergue la polysémie au regard des différents domaines qu’elle recouvre.
A partir de la question du double, la conscience de soi sera ainsi abordée selon plusieurs dimensions et thématiques telles que le langage, la sensorimotricité, l’imitation, l’identité de genre, la conscience corporelle de soi et la perception subjective de la qualité de vie.
Ce sont autant de points de vue qui font l’objet de projets de recherche, pour certains transdisciplinaires, en cours ou en préparation.
Les différents internes qui y sont engagés participeront à la présentation de chacun de ces projets.

Argumentaire :
Le terme de conscience de soi renvoie à une qualia (une qualité subjective) qui est appréhendable principalement par l’imagerie cérébrale (EEG, MEG, IRMf). Les études développementales sont axées sur la connaissance ou la reconnaissance de soi. Le premier critère de cette capacité est le fait de se reconnaître dans le miroir, opérationnalisé d’abord par le fait de s’essuyer une tache sur le nez, c’est-à-dire à un endroit invisible pour soi. Un deuxième critère plus tardif est le fait de se nommer par son prénom ou de dire ‘c’est moi’.
Main dans la main avec la reconnaissance dans le miroir se manifeste la reconnaissance d’être imité. Ren d’étonnant à cela puisque les deux reconnaissances ont pour même indice la synchronie des mouvements – qu’elle soit renvoyée par le miroir ou par un partenaire-. Le retard relevé dans l’autisme ne se confirme que dans les cas où la synchronie des mouvements entre soi et l’autre n’est pas repérée perceptivement. Dans tous les autres cas, le développement suit les étapes ordinaires : chez les plus jeunes, manifestations émotionnelles de plaisir (sourire, contact physique, approche), suivies plus tard de stratégies cognitives testant l’imitateur, et enfin échange de rôle en devenant l’imitateur.
L’imitation a de nombreuses fonctions, toutes nécessitant un partenaire donc un contexte social (= pour imiter il faut être deux). Au-delà de cette caractéristique générale, il y a une forme particulière d’imitation qui établit inévitablement la communication interpersonnelle : il s’agit de l’imitation synchrone. Ressentir dans son corps ce que l’on voit l’autre faire offre une compréhension directe de l’activité de l’autre (comme si c’était soi) qui déclenche l’échange.

